Lettre d’information aux membres et sympathisants des « Enfants de Tchernobyl »
N° 106 – 16 avril 2026
TCHERNOBYL 40 ans plus tard, la catastrophe n’est pas terminée, ni ici, ni là-bas !
Samedi 26 avril 1986, 1 h 23 min et 45 s du matin, Tchernobyl, en Ukraine. Au cours d’un test de sécurité, le réacteur n°4 de la centrale nucléaire explose. Dans les jours qui suivent, poussières, particules et gaz radioactifs forment un gigantesque panache qui va se répandre en Europe, être respiré, se déposer sur les sols, contaminer les denrées, polluant l’environnement et laissant des traces qui n’ont toujours pas disparu, y compris en France. Cet accident nucléaire reste à ce jour le plus grave jamais survenu dans le monde en termes de superficie et de personnes touchées.
40 ans plus tard, ils sont nombreux à vouloir laisser réduire l’accident à un événement certes fâcheux mais définitivement clos. La catastrophe est pourtant toujours en cours et le bilan est bien différent de celui prétendu « officiel ».
Celui-ci nécessite de multiples décryptages pour dépasser la fatalité de la seule date anniversaire comme recours à l’oubli. Avant et après le 26 avril, Tchernobyl attire peu les regards et les consciences.
L’association « Les Enfants de Tchernobyl », présente sur le terrain des plus fortes contaminations depuis 1993 (en Ukraine, Fédération de Russie et de Biélorussie), a la chance et la responsabilité d’avoir des partenaires scientifiques indépendants exceptionnels et indispensables pour établir une expertise qui permette un bilan réel et factuel de la catastrophe, 40 années après son début.
Lors d’une rencontre avec le regretté Professeur biélorusse Vassili Nesterenko, fondateur de Belrad, celui-ci avait mis le doigt sur ce qui deviendra l’une des lignes fondatrices de notre association : « la radioactivité, ce n’est pas de la politique, ce n’est pas de la religion, ce n’est pas de la philosophie, mais c’est de la science mesurable. Vous ne devez cesser de mesurer, d’analyser et de diffuser vos résultats… »
Conscient de notre responsabilité (nous sommes à ce jour la plus ancienne association de l’Union européenne qui continue d’agir pour les populations qui survivent dans les régions contaminées en Ukraine), nous avons sollicité 4 partenaires scientifiques de longue date pour contribuer au bilan de la réalité des conséquences actuelles en Ukraine, mais également en France. Il s’agit de :
- Centre « Ecology and Health Coordination and Analytical Center » (Ivankiv – Ukraine)
- Institut de radioprotection indépendant « Belrad » (Minsk – Biélorussie)
- Laboratoire de la CRIIRAD (France)
- Laboratoire de l’ACRO (France)
Vous trouverez ci-après de nombreux documents et informations ainsi qu’un bref résumé (regroupé sous le titre « L’ESSENTIEL ») qui démontrent que 40 ans plus tard, la catastrophe de Tchernobyl n’est pas terminée, ni ici, ni là-bas !
L’essentiel
- Laboratoire de la CRIIRAD (France) : « Le césium 137 est toujours présent en France. Les champignons collectés en Ukraine en 1998 (il y a 28 ans) par LES ENFANTS DE TCHERNOBYL dépassent encore en 2026 de 10 fois les normes de radioactivité autorisées en France. Il convient de les mettre sur un site de stockage géré par l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) et pour cela payer plus de 3000 euros »
- Laboratoire de l’ACRO (France) : « Le césium 137 radioactif a été détecté en 2026 dans 80% des échantillons de champignons collectés par l’ACRO en France et dans 100% de ceux transmis d’Ukraine par LES ENFANTS DE TCHERNOBYL ».
- Centre « Ecology and Health Coordination and Analytical Center » (Ivankiv – Ukraine) : « Chez les enfants de la deuxième génération après Tchernobyl, on observe des anomalies structurelles et fonctionnelles congénitales des organes internes, du système nerveux et de l’appareil locomoteur. La diminution des capacités d’adaptation de l’organisme des enfants entraîne une augmentation de la morbidité cardiovasculaire, infectieuse et oncologique, ainsi qu’une baisse de la résistance aux effets des rayonnements et des agents chimiques et physiques. »
- Institut de radioprotection indépendant « Belrad » (Minsk – Biélorussie) : « Le problème de la contamination radioactive des « cadeaux de la forêt » et de certains produits locaux demeure d’une actualité brûlante, même plusieurs décennies après le terrible accident d’origine humaine, et démontre l’urgence de poursuivre la surveillance constante de la radioactivité des produits alimentaires, de mettre en œuvre toutes les mesures disponibles pour se protéger des effets des radionucléides pénétrant dans l’organisme et de mener des actions de sensibilisation dans les zones contaminées. »
La catastrophe de Tchernobyl se poursuit depuis 40 années, nos 4 partenaires vous présentent leurs preuves scientifiques :
- Centre « Ecology and Health Coordination and Analytical Center » (Ivankiv – Ukraine)
- Nos recherches menées sur plusieurs décennies nous permettent de tirer un certain nombre de conclusions importantes concernant l’impact des radiations sur la population humaine à la suite de l’accident de la centrale nucléaire de Tchernobyl.
- L’accident de Tchernobyl a entraîné le rejet dans l’environnement d’une quantité considérable d’éléments radioactifs, principalement du ¹³⁷Cs. Ce radionucléide se désintègre en émettant des rayonnements gamma et bêta pour former du ¹³⁷Ba stable.
- Les habitants des zones contaminées ont incorporé et continuent d’incorporer du ¹³⁷Cs principalement par les aliments d’origine animale et végétale.
- Les incendies dans la forêt de la zone d’exclusion de Tchernobyl, ainsi que l’utilisation à des fins domestiques de bois contenant des éléments radioactifs, contribuent à exposer aux rayonnements les habitants des territoires contaminés.
- Pendant des décennies, des millions de personnes ont vécu et vivent encore sous un risque constant d’exposition aux rayonnements.
- Au cours de la première décennie suivant l’accident de Tchernobyl, l’ingestion de 137Cs par les enfants et les adultes a été importante, ce qui nous a permis de mesurer l’incorporation de ce radionucléide par différents organes internes.
- Contrairement à l’opinion qui prévalait auparavant, nous avons établi que le 137Cs est fortement incorporé par la thyroïde et le pancréas, le foie et les reins, le myocarde, ainsi que par le cerveau.
- Afin d’évaluer l’influence des radionucléides de 137Cs sur les processus métaboliques dans l’organisme des habitants des zones touchées, nous avons mené de nombreuses études cliniques, instrumentales, anatomo-pathologiques et biochimiques chez l’enfant et l’adulte, ainsi que des expériences sur des animaux de laboratoire.
- Ces études ont permis d’évaluer, à différentes activités spécifiques du 137Cs dans l’organisme, les modifications structurelles et métaboliques des organes vitaux.
- La pénétration simultanée du 137Cs dans les tissus du cœur, du foie, des reins, de la thyroïde et d’autres organes internes provoque des lésions de leurs structures cellulaires, entraînant la formation d’un syndrome d’incorporation de radionucléides à vie longue. Les processus pathologiques sous-jacents sont des lésions mitochondriales et une perturbation du métabolisme énergétique cellulaire.
- La diminution, sous l’influence du césium 137 incorporé, des capacités énergétiques des cardiomyocytes entraîne une diminution de la capacité contractile du muscle cardiaque. Ceci conduit à une baisse de la pression artérielle et à une diminution de l’irrigation sanguine des organes et systèmes. Il en résulte une perturbation du développement physique de l’enfant.
- Une corrélation directe a été observée entre la fréquence des anomalies électrocardiographiques et l’activité spécifique du 137Cs dans l’organisme d’un groupe d’enfants vivant dans la zone touchée.
- Des troubles du rythme cardiaque ont également été détectés chez la plupart des enfants de la deuxième génération après Tchernobyl habitant à proximité de la zone d’exclusion.
Une conférence du Professeur Bandazhevsky était programmée le samedi 25 avril à l’Université de Strasbourg. Malheureusement, pour des raisons de santé du conférencier, celle-ci est annulée. Vous trouverez sur www.lesenfantsdetchernobyl.fr les illustrations et les commentaires de ladite conférence.
- Laboratoire de la CRIIRAD (France)
- Les champignons constituent de bons bioindicateurs de la contamination radioactive, en raison de leur capacité à concentrer certains radionucléides présents dans les sols.
- Dans les régions rurales du nord de l’Ukraine contaminées par la radioactivité, les habitants consomment des quantités énormes de champignons (frais, séchés ou en conserves) comme plat principal car la nature est très généreuse et ces aliments sont gratuits.
- Dès 1998, nous avions effectué avec la CRIIRAD une très importante campagne de collectes et d’analyses de la radioactivité de champignons dans le nord de l’Ukraine.
- Ces champignons collectés en Ukraine en 1998 (il y a 28 ans), stockés depuis dans le laboratoire de la Drôme, dépassent encore en 2026 de 10 fois les normes de radioactivité autorisées en France. Il convient de les mettre sur un site de stockage géré par l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) et pour cela nous devrons payer plus de 3000 euros
- Pour les 40 ans du début de la catastrophe, nous avons demandé à la CRIIRAD de produire et de réaliser un film d’une dizaine de minutes qui soit destiné au grand public et qui présente la situation en 2026. L’objectif de ce film professionnel, financé par LES ENFANTS DE TCHERNOBYL est qu’il bénéficie d’une large diffusion, en particulier dans les établissements d’enseignement.
Nous avons le plaisir de vous annoncer la mise en ligne de la vidéo « Tchernobyl, 40 ans plus tard : ce n’est pas fini, ni ici, ni là-bas », disponible sur YouTube : https://youtu.be/4PSvJru-gsc ainsi que sur notre site internet www.lesenfantsdetchernobyl.fr.
Nous vous invitons vivement à participer à sa diffusion.
- Laboratoire de l’ACRO (France)
- En 1986, la catastrophe de Tchernobyl a entraîné une contamination radioactive de l’ensemble de l’Europe, avec une forte variabilité spatiale des retombées. Quarante ans plus tard, la question de la persistance de cette pollution reste centrale. Parmi les contaminants à vie longue encore détectables aujourd’hui, le césium-137 demeure un marqueur majeur de cet héritage radioactif.
- Dans ce contexte, comme il y a 10 ans (pour les 30 ans de Tchernobyl), l’ACRO a mis en place une campagne participative de collecte de champignons, avec le soutien financier de notre association, reposant sur le principe : « vous prélevez, l’ACRO analyse la radioactivité ».
- Cette campagne a permis de collecter 90 échantillons appartenant à différentes espèces. Les prélèvements couvrent une large partie du territoire français métropolitain et incluent également des échantillons en provenance d’Ukraine transmis par LES ENFANTS DE TCHERNOBYL. Le succès de cette campagne de collecte souligne l’intérêt des citoyens pour la problématique de la pollution rémanente de la catastrophe de Tchernobyl.
- Les résultats obtenus en France montrent que les séquelles de Tchernobyl restent encore nettement perceptibles. Le césium 137 a été détecté dans près de 80% des échantillons analysés. Les niveaux les plus élevés sont observés dans l’Est et le Sud-Est du territoire, avec un maximum de 1 320 Bq/kg de matière sèche mesuré dans des bolets collectés en Alsace. Toutefois, des niveaux non négligeables sont également relevés dans l’Ouest, notamment en Normandie.
- La répartition géographique de la contamination observée reflète en partie celle des dépôts initiaux, mais elle est également fortement influencée par des facteurs écologiques. Le pouvoir d’accumulation varie en effet selon les espèces de champignons, tandis que les caractéristiques du sol (teneur en matière organique, propriété physico-chimiques, disponibilité en potassium) conditionnent la biodisponibilité du césium 137.
- En Ukraine, quarante ans après l’accident, les nouveaux de contamination mesurés dans les champignons demeurent particulièrement élevés dans certaines zones du nord du pays. Les activités mesurées dans des bolets, comprises entre 1 600 et 16 000 Bq/kg de matière sèche, témoignent de la persistance marquée du césium 137 dans les écosystèmes forestiers. Du point de vue sanitaire, ces concentrations peuvent contribuer de manière non négligeable à l’exposition des populations, en particulier en Ukraine et dans les pays limitrophes, chez les personnes consommant régulièrement des produits forestiers tels que les champignons, les baies ou le gibier.
- 40 ans après le début de la catastrophe de Tchernobyl, ces résultats confirment que le césium 137 (qui n’existe pas à l’état naturel !) est encore bien présent dans les sols et végétaux du continent.
- En France, après de véritables campagnes de désinformation juste après l’accident en 1986, les contaminations pourtant avérées n’ont jamais fait l’objet d’une véritable information par les pouvoirs publics, de même, aucune précaution ne fut préconisée à cette époque.
Nous vous invitons à lire et à diffuser le rapport d’étude de l’ACRO : « TCHERNOBYL, 40 ans après ? – Résultat de la campagne d’analyse des champignons ». Vous trouverez ce document sur notre site www.lesenfantsdetchernobyl.fr
- Institut de radioprotection indépendant « Belrad » (Minsk – Biélorussie)
- Les radiométristes suivent une formation spécialisée, non seulement pour effectuer des mesures, mais aussi sur les aspects théoriques du problème, afin de pouvoir ensuite sensibiliser le public et répondre à toutes les questions relatives aux rayonnements et à la radioprotection.
- Il semblerait que les habitants des zones touchées par Tchernobyl vivent avec cette catastrophe depuis plus de trente ans, et soient les mieux placés pour parler de radioactivité. Ont-ils vraiment besoin qu’on leur rappelle les dangers ? C’est nécessaire. Car on s’habitue à tout. Et quand on s’habitue au danger, on a tendance à l’ignorer. Ce phénomène est également accentué par l’absence d’effets immédiats et visibles de l’exposition aux radiations.
- Même dans les zones les plus contaminées, de nombreux habitants font totalement abstraction des risques radiologiques – ou, plus exactement, ils en ont connaissance mais les ignorent. Dans le village de Dzerjinsk, année après année, on observe chez les mêmes enfants des taux de césium-137 d’au moins 300 Bq/kg, sans que cela ne suscite la moindre réaction émotionnelle ni le moindre changement dans leur alimentation. Et ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres.
- Nous aimerions croire que les données impressionnantes accumulées au fil des ans peuvent au moins être convaincantes.
- Le problème de la contamination radioactive des « cadeaux de la forêt » et de certains produits locaux demeure d’une actualité brûlante, même plusieurs décennies après le terrible accident d’origine humaine, et démontre l’urgence de poursuivre la surveillance constante de la radioactivité des produits alimentaires, de mettre en œuvre toutes les mesures disponibles pour se protéger des effets des radionucléides pénétrant dans l’organisme et de mener des actions de sensibilisation dans les zones contaminées.
- Nous souhaitons formuler une réflexion. Une norme est, par définition, un concept relatif. Il n’est pas tout à fait raisonnable de supposer, par exemple, que du lait présentant une activité de 99 Bq/l est parfaitement sûr, mais que le simple franchissement du seuil de 100 Bq/kg le rende immédiatement mortel. Il est bien plus pragmatique d’adopter une approche privilégiant la pureté, indépendamment des normes sur lesquelles on s’est accordé par simple nécessité de parvenir à un consensus sur cette question complexe.
- Sachant que, jusqu’à l’apparition très récente du césium-137 avant laquelle ni la nature ni notre organisme n’étaient exposés, il semble pertinent de considérer l’absence totale de radionucléides dans l’alimentation et le corps humain comme la norme. Cet objectif est pratiquement inatteignable, mais progresser le plus loin possible dans cette direction est la priorité absolue de notre Institut et de tous ceux qui se soucient de leur santé et de celle de leurs descendants.
Nous vous invitons à prendre connaissance du document intitulé « 40 ans après Tchernobyl, radiations êtes-vous toujours là ? » rédigé par I. Turkovsky, I. Khromova et S. Runtsevich. Vous trouverez ce document sur notre site www.lesenfantsdetchernobyl.fr
