Lettre d’information aux membres et sympathisants des « Enfants de Tchernobyl »
N° 105 _ 31 mars 2026
Communiqué ENFANTS DE TCHERNOBYL – ACRO du 31 mars 2026
Tchernobyl : une contamination radioactive toujours détectable dans les champignons 40 ans après.
L’ACRO publie, ce jour 31 mars 2026, le bilan de sa campagne de mesure citoyenne de la radioactivité dans les champignons, à l’occasion de la commémoration des 40 ans de la catastrophe de Tchernobyl.
Parmi les radionucléides rejetés en 1986, le césium-137, dont la demi-vie est d’environ trente ans, constitue aujourd’hui le principal marqueur de cette pollution à long terme en France. Quarante ans plus tard, la question de la persistance de cette pollution reste centrale.
Dans ce contexte, l’ACRO a lancé en 2025, en partenariat avec l’association LES ENFANTS DE TCHERNOBYL, une campagne participative de collecte de champignons, reposant sur un principe simple : « vous prélevez, l’ACRO analyse ». Les champignons, connus pour leur capacité à accumuler les radionucléides présents dans les sols, représentent en effet d’excellents indicateurs de la contamination.
Entre septembre et décembre 2025, cette initiative a permis de recueillir 90 échantillons de différentes espèces. Les prélèvements couvrent une large partie du territoire français métropolitain et incluent également des échantillons en provenance d’Ukraine. Cette large mobilisation citoyenne souligne l’intérêt du public pour la problématique de la pollution rémanente de la catastrophe de Tchernobyl.
Les résultats obtenus montrent que les séquelles de Tchernobyl demeurent encore nettement perceptibles : le césium-137 reste détectable dans près de 80 % des champignons collectés en France. Les niveaux les plus élevés sont observés dans l’Est et le Sud-Est, mais des traces non négligeables sont également mesurées dans d’autres régions, y compris à l’Ouest. Ces résultats confirment que la contamination issue de Tchernobyl demeure présente dans les sols, avec des variations liées à la fois aux caractéristiques du milieu et aux capacités d’accumulation propres à chaque espèce de champignon.
En Ukraine, la situation reste beaucoup plus marquée, avec des niveaux de contamination très élevés dans certaines zones du Nord du pays. Du point de vue sanitaire, ces concentrations peuvent contribuer de manière non négligeable à l’exposition des populations, chez les personnes consommant régulièrement des produits forestiers tels que les champignons, les baies ou le gibier.
Retrouvez le bilan de cette campagne et l’ensemble des résultats ici :
Résultats des champignons d’Ukraine
Par l’intermédiaire de l’association Les Enfants de Tchernobyl, quatre échantillons de bolets ont pu être récoltés dans le Nord de l’Ukraine dans des régions proches de la zone interdite autour de la centrale de Tchernobyl et expédiés à notre laboratoire.
Dans les quatre échantillons de bolets en provenance d’Ukraine, on note la présence de césium-137. Une valeur maximale de 16 000 Bq/kg de matière sèche est mesurée dans les champignons collectés dans la forêt domaniale de Narodychi (région de Zhytomir) située à environ 70 kilomètres à l’ouest de la zone d’exclusion.
A quelques dizaines de kilomètres plus à l’Est, on note ensuite des concentrations de 1 900 et de 1 600 Bq/kg de matière sèche dans la forêt d’Hubyn et à Radynka, dans la région de Kyiv. Enfin, dans les bolets récoltés dans la forêt domaniale de Zelena Poliana, toujours dans la région de Kyiv, est mesuré un niveau en césium-137 beaucoup plus bas de 28,9 Bq/kg sec.
Les niveaux de césium-137 mesurés pour une même espèce de champignons (bolets), récoltés en forêt à quelques dizaines de kilomètres les uns des autres, mettent en évidence une forte variabilité de la contamination des sols d’un site à l’autre.
Ces différences s’expliquent notamment par l’intensité des retombées au moment de l’accident,
influencée par la direction des vents et les précipitations7. Elles peuvent également résulter, à plus long terme, de phénomènes tels que le drainage des sols, les apports liés aux crues des rivières, ainsi que les caractéristiques propres des différents sols.
7 Les pluies peuvent ramener les particules au sol beaucoup plus rapidement, si le nuage radioactif est « lavé » par les gouttes d’eau. C’est l’intensité plus ou moins forte des précipitations qui conduit pour Tchernobyl à ces cartes de contamination en
« peau de léopard », la contamination au sol étant provoquée par des averses éparses ou bien influencée par la topographie locale, favorisant des phénomènes de concentrations en vallée lors de la fonte des neiges.
Tableau 4 : Concentrations en césium-137 mesurées dans les champignons collectés en Ukraine en août 2025.
| Nature / espèce | Champignons Bolets | Champignons Bolets | Champignons Bolets | Champignons Bolets |
| Lieu de collecte | Forêt Zelena Poliana | Narodychi | Forêt de Hubyn | Forêt proche de Radynka |
| Région de Kyiv, Ukraine | Région Zhytomir, Ukraine | Région de Kyiv, Ukraine | Région de Kyiv, Ukraine | |
| Date collecte | 25/08/2025 | 29/08/2025 | 26/08/2025 | 22/08/2025 |
| Cs-137 (Bq/kg sec) | 28,9 ± 2,9 | 16 000 ± 1 100 | 1 900 ± 130 | 1 600 ± 110 |
Comparaison avec les valeurs limites de la réglementation européenne
Au regard de la réglementation européenne applicable aux denrées alimentaires importées de pays tiers affectés par l’accident de Tchernobyl, les niveaux maximaux admissibles en césium-137 sont fixés à 600 Bq/kg pour les denrées alimentaires courantes, conformément au Règlement8 (UE) 2020/1158.
Ce règlement précise que « la tolérance applicable aux produits concentrés ou déshydratés est calculée sur la base du produit reconstitué prêt pour la consommation ». Soit dans le cas des champignons en Bq/Kg de matière fraîche.
Pour exprimer nos résultats en masse fraîche, on retient un facteur de conversion basé sur une teneur moyenne en matière sèche9 égale à 10 %.
En appliquant ce facteur, les concentrations mesurées dans les trois champignons ukrainiens les plus contaminés, sont comprises entre 160 et 1 600 Bq/kg frais. Ainsi les champignons collectés à Narodychi présentent un dépassement significatif de plus du double de la limite réglementaire.
Conclusion pour les champignons ukrainiens
Quarante ans après la catastrophe de Tchernobyl, les résultats obtenus montrent que la contamination par le césium-137 dans les champignons reste particulièrement élevée dans certaines régions d’Ukraine.
Les plus fortes activités mesurées dans des bolets, comprises entre 1 600 et 16 000 Bq/kg de matière sèche, témoignent d’une persistance significative de la contamination dans les écosystèmes forestiers du nord de l’Ukraine.
Ces résultats confirment que, malgré la décroissance radioactive et les processus naturels de redistribution, le césium-137 constitue encore aujourd’hui un marqueur durable de la contamination post-Tchernobyl, susceptible d’entraîner des niveaux élevés dans certaines chaînes biologiques.
Du point de vue sanitaire, ces concentrations peuvent contribuer de manière non négligeable à l’exposition des populations, en particulier pour les habitants consommant régulièrement des produits forestiers (champignons, baies, gibier). Dans ces contextes, l’alimentation représente la principale voie d’exposition, pouvant conduire à des apports radiologiques significatifs.
Ces résultats indiquent que certains de ces produits ne seraient pas conformes aux exigences européennes en cas de mise sur le marché, et confirment la persistance de niveaux de contamination susceptibles d’avoir un impact sanitaire en cas de consommation régulière.
Ces éléments soulignent la nécessité de maintenir une vigilance et un suivi régulier, ainsi que d’adapter les recommandations de consommation dans les zones les plus impactées, afin de limiter l’exposition des populations.
8 Règlement d’exécution (UE) 2020/1158 de la Commission du 5 août 2020 relatif aux conditions d’importation de denrées alimentaires et d’aliments pour animaux originaires des pays tiers à la suite de l’accident survenu à la centrale nucléaire de Tchernobyl ; lien : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/ALL/?uri=CELEX:32020R1158
9 Moyenne des teneurs en matière sèche obtenues dans le cadre de cette étude sur 17 échantillons de bolets.
