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Lettre d’information N° 101

Lettre d’information aux membres et sympathisants des « Enfants de Tchernobyl »
N° 101 – 22 février 2026

Mardi 24 février 2026, l’Ukraine rentre dans une 5ème année de guerre après 4 années d’une tragédie sans nom.

Depuis quatre ans, l’Ukraine fait face à une guerre d’agression russe à grande échelle.
Depuis quatre ans, le pays vit sous les bombardements, les attaques contre les infrastructures civiles et les alertes aériennes quotidiennes. Malgré la guerre, la société ukrainienne continue de vivre, de travailler et de résister.
L’Ukraine résiste.
Mais aujourd’hui, comme depuis quatre ans, elle a toujours besoin de notre solidarité.

Nous vous invitons lire et à partager les lignes qui suivent, rédigées par Mariana l’une de nos deux principales responsables en Ukraine. Cette lecture est indispensable pour savoir, comprendre, et réfléchir…

Message de Mariana aux membres des ENFANTS DE TCHERNOBYL

« Cela faisait déjà de nombreuses années que Kyiv n’avait pas connu de véritable hiver, de vraie neige, de congères authentiques.
Cette neige blanche et duveteuse qui tombe en décembre et ne fond qu’en mars, ces gelées jusqu’à -25°C, quand des stalactites se forment sur les cils et au bout du nez et qu’il devient presque impossible de respirer tout cela était devenu un doux souvenir d’enfance.
Pour retrouver une véritable atmosphère hivernale, il fallait partir quelque part à la montagne. Mais, par une ironie du destin, cette année la nature a décidé de nous offrir un tel « cadeau ».

Après les bombardements d’hiver, Kyiv vit dans une réalité parallèle. Une réalité sans lumière, sans eau, sans chauffage.
Une réalité où le thermomètre affiche -20°C et où l’électricité n’est accordée que deux heures, quelque part au milieu de la nuit, comme une grâce fragile et imprévisible.
On se réveille non pas au chant des oiseaux, mais au grondement obstiné des générateurs.
Ce bruit métallique est devenu la bande-son de nos matins. L’air dans les appartements est glacé, l’eau manque, les murs semblent retenir le froid comme une mémoire supplémentaire.
Et pourtant, la ville respire. Elle ne s’effondre pas.

Privés de confort, tu redécouvres l’essentiel.
Les valeurs changent.
Ce qui paraissait banal devient un luxe inestimable : une ampoule allumée, un radiateur tiède, un simple filet d’eau chaude.
Tu vis dans un autre temps, un autre rythme, un autre monde – un monde où chaque petite chose a le poids d’un miracle.
Il arrive que la nuit, quand personne ne te voit, le courage se fissure. Tu voudrais pleurer tout le chagrin accumulé, laisser couler la fatigue, la peur, la colère.
Il arrive qu’une vague de désespoir submerge tout – l’envie de tout quitter, de partir loin, très loin, là où il n’y a ni sirènes ni explosions, là où l’hiver ne mord pas jusqu’aux os.
Et puis soudain, la lumière revient.

Deux heures. Pas plus.
Tu ne sais plus où courir, quoi faire en premier : lancer une machine à laver, charger les portables, cuisiner, passer l’aspirateur ?
Non. D’abord, un café. Un café chaud, le plus délicieux du monde. Tu entoures la tasse de tes mains glacées comme si c’était un trésor.
Tu t’arrêtes une minute. Tu respires.
Et dans cette vapeur chaude, quelque chose change. Il ne fait plus si sombre. Il ne fait plus si froid. Tu te souviens que les hivers, même les plus cruels, ne sont jamais éternels. Que le gel finira par céder. Que le printemps viendra – avec une lumière différente, plus large, plus libre.

Et malgré tout, les gens sortent.
Ils se rassemblent dans les cours, allument des braseros, chantent, rient, font griller des brochettes comme pour défier le froid et la peur.
C’est une manière de dire : nous sommes vivants. Nous sommes ensemble. Nous ne cédons pas.
Vivre ainsi, c’est habiter une autre dimension – celle où la fragilité révèle la force, où le manque révèle la solidarité, où la nuit révèle la foi.
Et au cœur de cette obscurité, une certitude demeure : il y aura un nouveau jour. Il y aura l’espoir.
Et il y aura la paix et la victoire.
C’est dans ce contexte que des projets comme Les Enfants de Tchernobyl prennent une dimension particulière.
Aujourd’hui, alors que la guerre redéfinit nos priorités et transforme notre quotidien, l’importance d’un tel engagement devient encore plus évidente.
Il ne s’agit pas seulement de soins ou de repos temporaire.
Il s’agit de rappeler à ces enfants qu’ils ne sont pas seuls.
Qu’au-delà des sirènes et des générateurs, il existe des maisons où la lumière est stable, des tables où l’on partage le pain, des familles qui ouvrent leur cœur.
Et peut-être que la paix commence justement là – dans ces liens discrets mais solides, dans ces mains chaudes qui se rejoignent malgré le temps et les frontières. 


Kyiv, février 2026. »