Gueberschwihr
Retraités, Bernard et Betty Gross ont hébergé pour la première fois deux enfants de l’association Les Enfants de Tchernobyl, Max et Maxime, dans leur chez-soi à Gueberschwihr pendant les trois premières semaines de juillet. Ces vacances alsaciennes leur auront permis de s’échapper de la guerre. Un bol d’air pur aussi, pour ces deux garçons aux organismes contaminés par le césium 137.
Emma Simon – 28 juil. 2026 à 06:15 | mis à jour le 28 juil. 2026 à 21:57 – Temps de lecture : 4 min
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« Voici Max et Maxime. Le premier s’appelle Maxime aussi mais on l’appelle Max pour les différencier », commence Bernard Gross. Âgé de 73 ans, il a choisi avec sa femme Betty, 65 ans, de participer au programme de l’association Les Enfants de Tchernobyl , qui fait venir chaque année une cinquantaine d’enfants ukrainiens de la région de Tchernobyl pour réduire le taux de césium 137 relâché lors de l’explosion de la centrale nucléaire en 1986 et présents dans leurs organismes.
Pour la première fois, le couple de Gueberschwihrois a choisi d’ouvrir la porte de sa maison à ces deux enfants d’Ukraine, repartis ce dimanche 26 juillet à 5 h du matin. « Quand la guerre a commencé, il y a 4 ans , et que j’ai vu ces familles dans le désespoir, j’ai dit à Betty : « Écoute on va prendre une famille ». Puis on a une grande maison seulement pour deux, car nos enfants et petits-enfants sont grands et ils n’habitent pas trop dans le coin », explique le grand-père.
Dès qu’il y a un avion qui passe, ils ont la tête en l’air
Betty Gross
Max et Maxime, tous deux âgés de 11 ans, cheveux châtains coupés court et regard clair pétillant, n’ont pas arrêté de s’amuser avec leur nouveau jouet favori, une balle antistress remplie de paillettes : « B & M ! », s’est directement exclamé Maxime, la désignant du doigt en riant.
Des alertes, des missiles
Seulement, derrière ces rires se cachent un quotidien marqué par la guerre et des traumatismes. Et lorsque vient la question de savoir comment est la vie en Ukraine, la réponse fuse : « Il y a sans arrêt des alertes aériennes, les avions qui volent », explique Max, en ukrainien, d’une voix timide. « Moi aussi il y a des alertes, l’envoi de missiles », ajoute Maxime, malaxant de nouveau la balle antistress de ses deux mains. « Dès qu’il y a un avion qui passe, ils ont la tête en l’air et ils le regardent », rapporte Bernard. Alors, pour eux, ces vacances en Alsace, « c’est un moment de répit », confirme Betty, d’une voix douce.

Max et Maxime sont arrivés à Gueberschwihr le 4 juillet dernier. Le premier habite à une vingtaine de kilomètres de Tchernobyl, tandis que l’autre vit deux fois plus loin. « Ils ne se connaissaient pas avant d’arriver ici », remarque Betty. Maxime, « c’est un malin », laisse échapper Bernard. Plein d‘énergie et extraverti, le garçon affirme vouloir être masseur plus tard ; Max, lui, ne sait pas encore.
Un été bien rempli
« Il est calme, très serviable et gourmand », rigole Betty avant d’ajouter : « Il assaisonne tous ses plats de ketchup et de mayonnaise ». Tous les soirs, à 19 h pétantes, ils ont pu appeler leurs mamans respectives pour raconter leurs journées toujours bien remplies : visites de Colmar et du zoo de Mulhouse , découverte des châteaux. Une virée au Markstein était au programme de leur dernière semaine en Alsace.
Leur préférence ? « Promener les chiens et la piscine ». Chaque matin, après avoir dégusté des tartines au chocolat pour le petit-déjeuner, les garçons ont pu promener les deux chiennes du couple, Laska et Vick, avec Bernard dans la forêt voisine. Puis, après avoir exploré la région tout l’après-midi, les deux garçons ont pris plaisir à enfiler leurs maillots de bain pour enchaîner leurs plus beaux plongeons dans la piscine du couple.
« No english, french ! »
Après le dîner, place aux jeux comme le Rummikub. « En une partie, ils ont compris les règles », s’amuse Betty. S’amuser, jouer, apprendre à se connaître… La barrière de la langue ne les a pas empêchés de profiter de leur temps ensemble. Dès qu’il trouvait un moment, Bernard s’est amusé à mimer des objets dont les enfants devaient deviner le nom en français.

Pour les conversations plus riches en vocabulaire, le couple a eu recours à Google traduction ou l’intelligence artificielle chatGPT qui traduit en direct du français à l’ukrainien et vice-versa. Malgré leur immersion, les deux Maxime sont catégoriques : ils ne poursuivront pas le français à l’école, seulement l’anglais. L’insistance de Bernard qui n’a cessé de répéter « no english, french ! » ne risque pas de changer la donne.
Au moment où les enfants s’apprêtent à se jeter une nouvelle fois dans le grand bain, Betty, les yeux brillants, laisse échapper : « L’association a bien choisi. On s’accorde bien tous les quatre. »

