Fouchy
Pendant trois semaines, une cinquantaine d’enfants ukrainiens sont venus en Alsace avec l’association Enfants de Tchernobyl. Artem, originaire du petit village de Narodytchi, est l’un d’eux. Un séjour comme une parenthèse de répit à Fouchy, loin de la guerre et de la zone d’exclusion de Tchernobyl.
Thibault Schoepf – Hier à 19:30 – Temps de lecture : 4 min

01 / 02 Artem, 9 ans, et Justine Jarreau, qui l’accueille en Alsace dans le cadre de l’échange avec l’association des Enfants de Tchernobyl. Photo Thibault Schoepf

02 / 02 Artem en pleine collecte de gobelets lors de son passage au festival Décibulles, à Neuve-Église. Photo fournie par Justine Jarreau
L’air est doux et la nature est verdoyante en ce jeudi 23 juillet. Le ciel bleu et le soleil radieux annoncent une belle journée à Fouchy, loin de la guerre qui fait rage à plus de 1 600 km de là, en Ukraine. C’est pourtant le quotidien d’Artem, 9 ans, qui vient de Narodytchi, un petit village pas très loin de Tchernobyl. Pendant trois semaines, cet enfant ukrainien a vécu au rythme alsacien, épargné par le bruit des drones et des explosions des bombes, dans le cadre d’un échange organisé par l’association Enfants de Tchernobyl. Arrivé le 4 juillet dernier en bus, en raison de la fermeture de l’espace aérien aux civils, il a repris la route ce dimanche 26 juillet vers son pays natal.
Artem ne parle pas français, « mais à force on se comprend », rassure Justine Jarreau, 28 ans, qui l’accueille pendant ce séjour, « avec le traducteur ça se fait bien ». Le contact est directement passé entre Justine et lui : « Il m’a tout de suite fait un câlin. » Pas de barrière de la langue pour bien s’entendre avec les chiens de sa famille d’accueil : Josy et Iska. Artem leur parle même en français : « Iska doucement », ordonne d’une voix assurée le garçon, en caressant l’animal.
Une adaptation en Alsace réussie
Entre une virée à Cigoland ou à la Montagne des singes, Artem a aussi appris à nager en France : « Il ne fait pas de la natation synchronisée, mais il s’en sort », plaisante Justine. Autre événement de la vallée qu’il a découvert : le festival de musique Décibulles à Neuve-Église. « Il voulait absolument venir avec moi, et il a adoré », poursuit Justine, également directrice d’un périscolaire. Elle décrit Artem comme un garçon très sociable, qui va facilement vers les gens : « Quand on le voit, on ne devinerait pas tout ce qu’il vit. »
Une chose est sûre : Artem a apprécié son passage en France. Un élément l’a particulièrement marqué à son arrivée : l’état des routes. « J’aime le fait que vous ayez des routes très normales, rien à voir avec les nôtres », faisant référence aux chaussées abîmées, avec de « grands trous dans lesquels les roues risquent de se détacher ».
L’association organise des voyages en France depuis 1993 pour les enfants habitant dans la zone d’exclusion de Tchernobyl après l’accident nucléaire de 1986. Près de 40 ans plus tard, la terre est toujours contaminée par les retombées radioactives, et ce voyage est aussi l’occasion pour les jeunes d’avoir une alimentation plus variée : « J’apprécie le fait qu’elle cuisine toujours de nouvelles choses chaque jour, surtout de la viande », abonde Artem. Dans son village situé à 70 km du site de la catastrophe, les habitants mangent ce qu’ils cultivent, « nous, on mange des patates », des aliments qui poussent dans une terre contaminée au césium 137 et qui peuvent provoquer des maladies.
La guerre laisse des traces
Mais la guerre n’est jamais loin des esprits. Les feux d’artifice du 14 juillet ont été un moment compliqué pour Artem, qui n’est pas à l’aise avec les bruits d’explosion. Son quotidien a été bouleversé depuis février 2022 : « Nous sommes partis à cause des bombardements, nos voisins ont été touchés, c’était terrible », explique l’enfant de 9 ans. Aujourd’hui, l’école se fait principalement à domicile : « Mais personne n’a annulé les devoirs », ironise le garçon ukrainien. Une situation que déplore la directrice de périscolaire alsacienne : « J’espère qu’il pourra continuer à aller à l’école. » Quand on lui demande s’il a des rêves, Artem hausse les épaules : « Je ne sais pas si je dois faire quelque chose plus tard, mais j’irai là où je dois aller. »
Le répit loin de la guerre est de courte durée , puisque les jeunes enfants accueillis en Alsace ont repris la direction de l’Ukraine ce dimanche 26 juillet ; un retour que ne redoute pas Artem : « J’aime bien cet endroit, mais je n’ai pas besoin de souffler, j’aime bien les avions de chasse », confie-t-il. S’il a exprimé à plusieurs reprises le souhait de revenir l’année prochaine et que Justine est partante pour le recevoir à nouveau chez elle, ça n’empêche pas la directrice de périscolaire d’appréhender ce retour. « On ne sait pas ce qui peut se passer pendant l’année », avoue-t-elle, espérant « qu’il puisse vivre la vie d’un enfant normal, aussi sereinement qu’ici ».
Zoom – Accueillir un enfant ukrainien : une évidence pour Justine Jarreau
Justine Jarreau, habitante de Fouchy, s’est portée volontaire pour accueillir Artem après avoir vécu une expérience similaire dans son enfance. « Quand j’étais petite, un enfant est venu tous les étés dans le village de mes 6 ans à mes 20 ans. » Une rencontre qui s’était très bien passée. « C’était mon meilleur copain, explique la jeune femme, je me suis toujours dit que je ferai pareil. » C’est chose faite en accueillant Artem, qui est le bienvenu chez elle l’année prochaine s’il souhaite revenir.
Les voyages sont gratuits pour les familles ukrainiennes : « Eux ne payent rien du tout, ce sont des familles défavorisées. » L’association prend en charge le voyage, à partir de dons et de la vente annuelle d’œufs en bois peints fabriqués en Ukraine. L’association Enfants de Tchernobyl recherche des familles françaises prêtes à accueillir un enfant venu d’Ukraine, l’accueil est gratuit pour les familles primo accueillantes.
Renseignements au 06 08 48 55 48 (Cathy) ; 06 51 54 17 43 (Albert) ; 06 89 84 62 01 (Régine, après 18 h) ou par mail : lesenfantsdetchernobyl@gmail.com. Plus d’informations sur leur site Internet : www.lesenfantsdetchernobyl.fr

